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Sortie des sables, de Victoriane Vadi

Résumé

Né dans la cité ensoleillée de Tès où la fortune sourit à ceux qui ont l'audace de défier leur destin, Aspel menait une vie paisible au sein d'une famille heureuse. Seulement, le bonheur a un prix dans le royaume du Sud et Aspel en fait la rude expérience à la mort de son père, lorsque leurs créanciers menacent de livrer sa famille à la misère et à la mendicité.

Pour sauver sa mère et ses frères de la ruine, il vend sa vie à une guilde d'esclavagistes, conscient pourtant du sort funeste qui l’attend. Mais sans autre choix possible, il renonce à sa liberté et est emporté loin de sa ville natale, en direction des mines de fer où l'on meurt d'épuisement. Les routes dangereuses qui y conduisent l'amènent aux portes du Désert Nébether, que l'on dit peuplé de sorciers et de mauvais esprits. Des périls l'y attendent et l'ombre de la mort plane au-dessus de sa tête, aussi fatale que le soleil accablant sur les étendues arides.

Cependant il advient parfois que le sort récompense favorablement ceux qui s'en remettent à lui, et il sourit à Aspel sous la forme envoûtante d'un guerrier du désert.

Je m’essaye à l’exercice de la critique avec ce livre dont la couverture et le cadre fantasy ont attisé ma curiosité.

Je vais être un peu dure, mais bien que j’ai apprécié l’univers et l’histoire de façon globale, j’avoue que je suis restée sur ma faim.

Ce que je reproche à ce roman, malgré une écriture agréable et une intrigue qui se tient globalement bien, se retrouve à mon grand désespoir trop souvent dans les homoromances : il manque de profondeur.

Que l'on s'entende bien, le décor est beau, la structure de l'histoire cohérente et plutôt bien ficelée. Mais les événements sont brossés trop rapidement, ce qui ne laisse en fin de compte la possibilité d’apprécier ni l’univers, ni les personnages, ni l’histoire.

Au bout de seulement quelques phrases, j’ai tout de suite compris que j’aurais à faire à un roman succinct, adapté sans doute pour un public jeune, ou adepte des formats courts, mais pas à l’aventure épique et romantique bien en chair qui comblerait mon appétit de lectrice.

L'auteure explore pourtant plusieurs idées intéressantes et potentiellement originales, mais qui — selon moi — ne transforment jamais l’essai.

Le roman s’ouvre sur une scène où le personnage principal, Aspel, va se vendre comme esclave pour permettre à sa famille de survivre.

C'est plutôt chouette, on est plongé directement au cœur de l'action, le cadre se pose tranquillement autour. En plus, on aborde là des sujets qui me sont chers : la traite des êtres humains, la question de la survie des plus faibles, tout ça…

Seul hic, cette situation initiale servira au final très peu l’histoire. C’est vraiment dommage, parce que le potentiel dramatique du jeune homme qui abandonne sa liberté est énorme : quelles conséquences cela aura sur son parcours ? Sur son intégrité morale et physique ? Sur sa façon de vivre ? En bref, comment ce nouveau statut va-t-il le changer ? À mon sens, aucune de ces questions ne trouve de réponse dans l’histoire. On suivra Aspel quelques pages à peine à travers un voyage dans le désert où il retrouvera assez vite sa liberté.

Je l'ai déjà dit et j'insiste, j’ai apprécié l’univers dépeint par l’auteure, je déplore seulement que l’on n’ait pas le temps de l’explorer plus en détail. Ce désert inspiré de légendes égyptiennes où des créatures mythiques gardent des cités souterraines antiques est tout à fait envoûtant… mais personnellement je n’ai pas eu le temps de savourer cette exploration ! Les événements s’enchaînent trop vite pour qu’on ait le temps de comprendre et d’apprécier pleinement ces mystères.

Pourtant, l’auteure disposait d’un atout très simple pour nous laisser le temps de nous émerveiller : Aspel est tout aussi ignorant que nous de ces secrets ancestraux. Il aurait été très simple d'emprunter le regard naïf du protagoniste pour découvrir avec lui les cités de Nébether.

Au lieu de cela, il m’a semblé que le jeune homme se remettait bien vite de ses émotions et comprenait sans mal ce qu’il se passait autour de lui (alors que moi, les histoires de pierres de lunes, de gemmes magiques et tout ça, j’aurais bien aimé avoir un peu plus d’infos).

Le véritable tournant de cette histoire, c’est la rencontre d'Aspel avec Ménât, le mystérieux guerrier dont on comprend très vite (trop vite ?) qu’il sera l’intérêt amoureux du héros. Mais soit, après tout, il s’agit d’une homoromance, on sait à quoi s’en tenir.

Aspel aperçoit ce nomade lors d’une escale de la caravane des esclavagistes dans les ruines d’une cité, puis le retrouve plus loin, après que le convoi ait été attaqué et qu’il se soit libéré. Les deux personnages se retrouvent rapidement liés dans une relation de maître-apprenti qui sera la base du reste de leurs aventures.

C’est Ménât qui enseigne à Aspel tout ce qu’il sait sur le désert et ses secrets, pour faire de lui un gardien des cités enfouies sous les sables. Encore une fois, j’ai trouvé que l’apprentissage du héros était un peu superficiel, en tant que lectrice j’aurais aimé profiter moi aussi de l’enseignement du nomade !

Mais, puisqu’il s’agit d’une homoromance, abordons la partie qui fâche : la romance.

Les deux personnages sont liés dans une relation d’apprentissage qui nécessite que le maître fasse de son élève un Nébethéen, c’est à dire qu’il procède à un rituel qui lui transmette une forme de magie. Cette idée, si elle n’est pas spécialement originale, aurait pu être le point de départ d’un rapport très intéressant entre les protagonistes. Le rituel consiste (surprise !) en un rapport sexuel. Si cela me semble une façon un peu simple d’amener un rapprochement physique rapide entre les personnages, je pense que cette particularité aurait pu aisément être utilisée pour créer un obstacle dans la relation. Aspel semble accepter très facilement de se faire pénétrer par un autre homme et a bien du mal ensuite à ne pas y repenser avec envie. Ok. L’auteure choisit de prendre cette direction, très bien. Mais où est le problème puisque les deux personnages sont plutôt d’accord pour remettre le couvert ? Seul un non-dit entre eux fera office de conflit et les poussera à attendre la fin du roman pour remettre ça. Alors que les possibilités de créer de la tension étaient si variées ! Aspel aurait pu se retrouver complètement incapable d’accomplir son travail tant il était perturbé par ce nouveau désir. Ménât aurait pu lui signifier que merci mais non merci, lui il n’a fait ça que pour le rituel (et puis changer d’avis en fin de compte, mais cela aurait laissé du temps à la romance de se développement tranquillement). Ils auraient pu passer leur temps à forniquer comme des lapins, ce qui aurait sans doute eu des conséquences néfastes pour le bon déroulement de leurs missions, à un moment ou à un autre. Ou alors, si l’on choisit une approche plus vraisemblable (selon moi toujours), Aspel aurait pu être ultra gêné d’avoir eu ce rapport avec un parfait inconnu, garder ses distances, voire se rebeller, et la séduction serait venue plus tard, au fil des aventures partagées.

Les possibilités sont infinies (ou presque). Finalement, peu importe le chemin choisi, ce qui me dérange c’est la rapidité avec laquelle ce choix est traité. La conséquence (ou la cause ?) de cela, c’est que les pensées et les émotions m’ont parues superficielles : j’ai eu bien du mal à m’attacher à un personnage, que ce soit pour l’aimer ou juste le trouver agaçant. Aspel reste finalement assez creux, se laisse porter par les événements sans jamais s’affirmer vraiment. J’aime pourtant bien les personnages timorés, parce que même si leurs actes sont assez tièdes, ils bouillonnent souvent d’incertitudes, de doutes, d’hésitations. Ici, la vie intérieure du personnage manque de relief. Et comme c’est lui qui nous donne à voir Ménât, on en apprend assez peu sur ce mystérieux nomade, qui est tellement mystérieux qu’il en devient opaque.

Au final, la romance m’a semblé assez artificielle. L’auteure aurait peut-être dû choisir entre développer son univers ou la relation entre ses personnages, puisque ni l’un ni l’autre ne m’a donné pleine satisfaction.

Je n'ai pas la prétention de savoir ce que l'auteure avait en tête : il est tout à fait admissible qu'elle considère avoir dit tout ce qu'il y avait à dire de cette histoire, après tout, c'est la sienne. J'ai juste l'impression, en tant que lectrice, d'avoir lu seulement une version Reader's Digest de ce qui avait le potentiel d'être un roman plus développé.

Vraiment, c’est dommage, puisque tous les ingrédients étaient réunis pour une belle aventure et une romance envoûtante.

J'aimerais conclure cette critique par un message pour nous, les auteur.e.s d'homoromance : prenons le temps.

Ne nous précipitons pas tête la première dans une intrigue. Laissons au lecteurices le temps de rencontrer nos personnages, de s'en faire une opinion, avant de les faire se jeter dans les bras les uns des autres ou de leur faire vivre des tas d'aventures. Pas besoin de passer par de longues descriptions statiques pour cela : suivre un héros ou une héroïne au plein cœur d'une bataille par exemple, écouter ses pensées, observer ses réactions, ressentir ses douleurs... c'est une façon tout à fait valable de le ou la découvrir.

Ne soyons pas pressé.e.s : nos intrigues n'ont pas besoins d'être exposées tout de suite, leur dénouement peut-être arriver tard, être déployé lentement.

Que cela ne nous empêche pas de jouer avec les rythmes, que certains moments s'enchaînent à toute allure tandis que d'autres se déploient en douceur.

Nos univers peuvent être riches et travaillés, nos personnages nombreux et complexes. Laissons les lecteurices en profiter !

Sortie des sables, Victoriane Vadi

ISBN : 9791092954975

Éditeur : MxM Bookmark (10/01/2016)

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